Le vecteur D, comme défiance

le signal faible qui enfle
Vous avez entendu parler du 10 septembre prochain ?
Ce n’est pas une commémoration.
C’est le jour qu’a choisi un mot d’ordre anonyme : "bloquons la France".
Relayé tout l’été sur les réseaux et aux terrasses, il ne vient d’aucun syndicat, d’aucun parti, d’aucun leader. Pas de drapeau, pas de revendication centralisée.
Juste une consigne : suspendre la machine, retirer son consentement, arrêter de jouer le jeu. Une désobéissance civique, simple et radicale.
La défiance n’est pas un accident. Elle est le signe que le monde ancien ne se reconnaît plus dans son propre miroir.
Il arrive parfois qu’un système ne s’écroule pas sous un choc, mais sous le poids de sa propre incohérence.
l’illusion pyramidale
Les lois continuent d’être votées, les taxes d’être prélevées, les discours d’être prononcés. Mais derrière la façade, le socle se délite.
Car un système meurt quand ses fondations cessent d’y croire.
Ce n’est pas une rébellion horizontale, c’est une désaffection verticale.
Un changement de vecteur : D, comme défiance.
L’autorité perd son aura, la représentation son évidence, la pyramide sa gravité.
la loi du plomb
La loi Duplomb n’est pas un détail technique. Elle est un symbole — jusque dans l’ironie de son nom.
Réautoriser des pesticides interdits, encourager des pratiques destructrices : c’est incarner l’absurdité d’un modèle politique qui se croit rationnel mais s’avère suicidaire.
Chaque ligne de ce texte législatif est surtout une fracture de plus dans le lien fragile qui unissait encore gouvernés et gouvernants.
apprendre à tenir debout sans béquille
Ce qui s’effondre aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des lois ou des institutions.
Ce sont les figures d’autorité extérieures. Les repères au-dessus de nous — dirigeants, experts, représentants — se fissurent, et leurs voix se vident.
Alors surgit une autre exigence : apprendre à tenir debout sans béquille.
Ne plus chercher la stabilité dans des structures fragiles, mais dans notre propre verticalité.
Cultiver une figure d’autorité intérieure, une confiance intime, un axe que rien d’extérieur ne peut retirer.
Car sans cette capacité, la défiance ne mène qu’au vide. Avec elle, elle ouvre la possibilité d’un monde où la reliance ne dépend plus d’une pyramide, mais d’individus autonomes reliés entre eux.
la grande vague
Une vague monte, irréversible. Elle balaiera ce qui refuse de se transformer.
Certains apprendront à la surfer — en s’appuyant sur leur boussole intérieure.
D’autres seront engloutis, accrochés à des béquilles qui n’existent déjà plus.
Le vecteur D n’est pas la fin du monde.
Il est le signe que le monde ancien se termine.
Il est le souffle d’un basculement, le murmure d’un nouveau récit qui prend corps.
Le 10 septembre 2025 ne sera pas un soulèvement.
Il sera peut-être un repère.
Celui d’un temps où nous avons commencé à comprendre : la vraie autorité n’était jamais à l’extérieur, mais dans la capacité de tenir debout par soi-même — et de se relier à l’autre comme une autre part de soi.
épilogue — le réel communautaire et le corps comme ancrage
Il ne suffit pas que les pyramides s’effondrent. Il nous faut aussi apprendre à tenir ensemble.
La fin des figures d’autorité extérieures n’ouvre pas seulement à l’autorité intérieure : elle réclame la réinvention du réel communautaire. Pas les communautés virtuelles ou abstraites, mais celles qui s’éprouvent dans la chair, dans la présence, dans la solidarité quotidienne.
Le corps est le premier territoire de cette auto-structuration. Il nous rappelle la gravité, le rythme, la limite et la joie du mouvement. Tenir debout sans béquille, c’est d’abord sentir ses pieds dans le sol, son souffle comme mesure, sa colonne comme axe. Réapprenons à respirer, pour s'ancrer.
Car un corps habité est la meilleure protection contre les illusions.
Dans le tumulte des effondrements, le corps devient boussole, et la communauté, ancrage.
C’est là que se tisse l’après : dans les gestes simples partagés, dans la lenteur retrouvée, dans la reconnaissance que nos corps, nos voix, nos présences, sont déjà une forme de politique vivante.