La brûlure douce

La brûlure douce

Elle s’est approchée du feu.
Pas un feu destructeur.
Un feu ancien.
Un feu qu’elle portait depuis longtemps, mais qu’elle avait longtemps appelé autrement :
douleur, trop-plein, impatience, vertige.

Elle ne savait pas encore que ce feu-là n’était pas là pour la consumer.
Il était là pour la rappeler.


Elle a résisté, au début.
Comme l’abeille contre la vitre,
elle a cogné sa volonté contre l’invisible.
Elle ne voulait plus.
Elle ne voulait pas.
Et pourtant…
Quelque chose en elle savait.


On lui a soufflé des mots :
contraction… expansion.
systole… diastole.
l’amour… la peur.

Elle a haussé les épaules.
Elle a souri nerveusement.
Elle a dit non.

Mais le feu, lui, n’a pas bougé.
Il a continué d’irradier.
Sans forcer.
Sans réclamer.
Juste là, comme une question posée au silence.


Puis il y a eu le moment.
Le moment où le souffle s’est stabilisé.
Où le mot Amour s’est imprimé dans les murs de la maison.
Dans les livres.
Dans les objets.
Et surtout dans le vide entre deux battements.


Elle s’est souvenue.
Pas avec le mental.
Avec les cellules.
Avec le cœur.

Elle s’est souvenue de l’autre côté.
De la douceur.
Du Un.
Du Tout.
De ce qui nous reconnaît même quand on ne se reconnaît plus soi-même.

Et plus elle s’en est souvenue,
plus la brûlure est devenue vivante.
Non plus un incendie.
Mais un feu sacré.


Un feu qui éclaire.
Un feu qui veille.
Un feu qui n’attend plus d’être éteint, mais simplement accueilli.


Il paraît qu’on nous demandera un jour :
“Comment as-tu aimé ?”

Elle ne sait pas encore comment elle répondra.
Mais elle sait qu’en marchant dans le jardin,
en regardant une rose solitaire,
en accueillant l’abondance dans le silence,
elle s’est dit :
je t’aime parce que je suis Amour.


Et peut-être que cela suffira.



*Tu n’as pas à éteindre le feu.*
*Tu as à l’honorer, à le laisser brûler juste.*